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21/09/2011

Massacre de Duékoué: Le témoignage terrifiant d’un rescapé

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Aux environs de 6h 20 du matin, ils nous embarquèrent dans leur véhicule de type 4×4. Ils trouvèrent en route un fou qui faisait son chemin, l’arrêtèrent, lui attachèrent une corde au pénis et relièrent celle-ci à leur véhicule puis démarrèrent à toute vitesse. Imaginez la suite…





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Chers lecteurs, le témoignage que je vous propose, ce jour, est totalement authentique. Il a été recueilli par une journaliste française, en séjour depuis quelques jours à Abidjan, qui refuse de cautionner ce que son pays a fait subir à la Côte d’Ivoire et qui espère rétablir la vérité sur les évènements de mars à avril 2011, dans notre pays, en restituant les faits, à travers le témoignage des Ivoiriens qui ont vécu ces drames. Tandis qu’on parle d’allier la justice à la réconciliation dans ce pays, il serait peut-être aussi temps qu’on retrouve et mette aux arrêts ceux qui ont commis ces crimes contre l’humanité. A moins que la justice des vainqueurs les absolve de tout crime et ne relègue leur condamnation au jugement de DIEU. Pour des raisons évidentes de sécurité, nous gardons l’anonymat de notre témoin. Ames sensibles, s’abstenir. Que DIEU bénisse la Côte d’Ivoire !

«Dans ce témoignage, je vous ressasse, pêle-mêle, ma traversée de ce désert entaché de douleurs, de larmes et de sang qu’est la crise ivoirienne. J’avais eu pour mission (dans le cadre de mon boulot), de me rendre en repérage dans la ville de Duékoué. C’est ainsi qu’après la constitution d’une équipe, nous avons quitté la ville d’Abidjan, le 13 mars 2011, pour l’Ouest du pays. Une fois à Duékoué, la ville était très animée avec ces gamins qu’on pouvait voir jouer à proximité des habitations, les populations qui vaquaient à leurs occupations, sous le regard des ex-Fds (Forces de Défense et de Sécurité). Nous étions précisément logés au Royal Hôtel de Duékoué. Par endroit, l’on pouvait distinguer la présence des forces onusiennes et des soldats de la Licorne ; et au fur et à mesure que le temps s’écoulait, l’on avait comme l’impression que de nouveaux visages, presqu’inconnus, se montraient au grand jour. C’étaient pour la plupart des illettrés, sinon des personnes qui ne s’exprimaient qu’en Bambara (Malinké, Dioula) et leur nombre croissait, au fil du temps. Cela faisait donc l’objet de discussions au sein des populations. La plupart s’adonnait à des pratiques telles : vols, braquages à mains armées, viols…

Cette nuit du 28 au 29 mars, principalement, restera gravée à jamais dans ma mémoire. Ce fut le passage de la quiétude au chaos. Effectivement, durant cette nuit, l’assaut final avait été lancé sur la ville de Duékoué. Les forces pro-Ouattara attaquaient la ville ainsi que les différentes positions des Forces de Défense et de Sécurité. C’était la psychose totale. On pouvait entendre de partout ces bruits assourdissants qu’émettaient chars, obus et autres armes à feu. Des gens criaient, se lamentaient, on pouvait même apercevoir les colorations bleues et rouges de ces balles qui fusaient de partout. Mes collègues et moi, pris de panique, avions commencé à appeler nos parents des autres villes pour les informer. Puis nous nous sommes mis à prier.

Vers 5h du matin, des individus armés, vêtus de tenues militaires (pantalons et cagoules pour certains), ont envahi notre chambre en s’exprimant de cette sorte: «C’est vous les maudits-là, aujourd’hui là, on va vous égorger !». Un autre survint et dit en Bambara: «Eh kôro, Gbagbo môgô lo! A faga!». Pour traduire: «Ce sont les partisans de Gbagbo, tuons-les !». Je vous jure que j’ai fait pipi dans mon pyjama. J’étais terrifié. Mon collègue, lui, s’est évanoui en entendant ces paroles nous condamnant à une mort irrémédiable et dans sa chute, ils lui ont asséné un coup de machette au visage puis l’ont égorgé, sous mes yeux, en me menaçant dans un langage décousu: «C’est comme ça que toi aussi, on va te tuer !». (Larmes)… Je me suis mis à parler le peu de leur langue que je connaissais. Ils m’ont posé quelques questions, m’ont demandé de l’argent ainsi que mes pièces d’identité. Je leur ai fait part du fait que l’on m’avait dérobé mon portefeuille car s’ils avaient pris connaissance de mon nom de famille (qui ne rimait aucunement avec celui d’un ressortissant du nord), je serais un homme mort.

Aux environs de 5h 36 du matin, ils sortirent tout le monde de l’hôtel et nous firent coucher le long de la route. Ils posaient des questions dans leur langue à tous les prisonniers. Ceux qui n’y comprenaient rien du tout étaient immédiatement éventrés ou égorgés; ils ont même marché sur le ventre d’une femme enceinte puis l’ont égorgée. Ils se prêtaient à des atrocités que l’on ne pouvait imaginer. Les jeunes filles étaient violées et les enfants égorgés. Nous ne sommes restés que trois personnes ; les membres de mon équipe, hormis moi, avaient tous été exécutés.

Aux environs de 6h 20 du matin, ils nous embarquèrent dans leur véhicule de type 4×4. Ils trouvèrent en route un fou qui faisait son chemin, l’arrêtèrent, lui attachèrent une corde au pénis et relièrent celle-ci à leur véhicule puis démarrèrent à toute vitesse. Imaginez la suite…

Le long des routes, l’on pouvait voir des corps ensanglantés, décapités, sans bras, sans tête. C’était d’une horreur insupportable et malheureusement, ces assassins se réjouissaient. L’un d’entre nous (prisonniers) a eu le malheur de dire qu’il avait soif. Ils ont uriné au sol et lui ont demandé de boire. Il a refusé et ces derniers, comme des barbares, lui ont coupé les lèvres et le pénis ; quelques minutes plus tard, ils l’ont abattu. C’était vraiment atroce! J’ai du mal à me retenir…

(Larmes). Ce qui me maintenait en vie, c’est le fait que j’arrivais à communiquer avec eux en Dioula. Dans leurs causeries, ils ressassaient incessamment : «On va tuer tous les partisans de Gbagbo et après, on réglera le cas de Gbagbo. Ils sont tous des maudits et ils seront exterminés». C’était pénible. Le comble, c’est que toutes ces atrocités étaient commises sous le regard des forces françaises et des soldats onusiens qui n’intervenaient aucunement. Ils levaient simplement les mains pour saluer les rebelles. A un moment donné, ils entraient dans les maisons pour exterminer toutes les familles supposées partisanes de Gbagbo, puis s’adonnaient à des scènes de pillage.

Les voitures se suivaient. Lorsque celles-ci s’arrêtaient devant une maison, les mercenaires en ressortaient avec les machettes inondées de sang. Je ne faisais que prier. Ils poursuivaient leur chemin et tuaient sur leur passage tous les éléments des Fds, leur prenaient leurs uniformes et les enfilaient. Les rues étaient vides et ne laissaient entrevoir que des corps sans vie.

Les massacres continuaient et moi, je devenais de plus en plus faible. On ne nous donnait rien à manger et tous les soirs, l’on se faisait tabasser puis lier.

J’ai passé deux jours à me faire traîner comme un gibier dans la ville puis l’un d’eux prit la parole et dit ceci, en riant: «Aujourd’hui, nous irons incendier et tuer tous les parents de Blé Goudé et de Gbagbo. Donnez des treillis à nos prisonniers, ils vont combattre à nos cotés». Je partais tout droit à l’abattoir. Nous sommes donc sortis de Duékoué puis avions pris la route d’Issia. J’ai fait semblant de descendre récupérer de l’eau et j’ai sauté dans la brousse. J’ai couru dans la brousse, éperdument, et je suis sorti sur une autoroute que je ne connaissais pas, quelques heures après. J’étais épuisé. Après plusieurs minutes, j’ai aperçu un mini car. Que faire ? J’ai enlevé l’uniforme duquel j’étais vêtu et je suis resté en short. J’ai fait une petite prière et j’ai arrêté la voiture.

Par la grâce de Dieu, le chauffeur a stoppé le véhicule et m’a demandé d’où je venais. Je lui ai dit que je fuyais la guerre. Il m’a demandé aussitôt de monter et je l’ai fait. Ce car transportait des membres d’une famille qui fuyait la ville de Man et qui était passée par un chemin de brousse pour s’en sortir. On lisait sur le visage de chacun la désolation la plus absolue. C’était difficile à supporter. J’ai fini par m’endormir et je me suis réveillé à Agboville (une ville au Sud de la Côte d’Ivoire, située à 79 km de la ville d’Abidjan). Le car m’y a laissé et j’ai vu de bonnes volontés pour me payer le transport jusqu’à Abidjan. Un homme à qui j’avais relaté mon périple m’a offert un copieux repas et des vêtements, puis m’a payé le ticket de transport pour Abidjan.

Je suis bien arrivé à Abidjan et les autres évènements ont suivi. Je m’arrête là. Je remercie le ciel de m’avoir gardé en vie. Que ces atrocités ne voient plus le jour dans notre pays. Vivement que la paix revienne ! Que Dieu nous bénisse!».

Un Ivoirien meurtri qui veut lapaix pour son pays.

Source: Le Temps

17:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Tout simplement poignant !

Écrit par : Marc Micael | 21/09/2011

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