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15/09/2011

Côte d'Ivoire: Centre, Nord et Ouest. Les populations au bord de la révolte

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L’atmosphère sociale est tendue dans les zones Cno. Notamment à Bouaké, fief de l’ex-rébellion armée. Face à la volonté du régime Ouattara de faire payer les arriérés de factures d’électricité et d’eau, les populations se mobilisent et sont au bord de la révolte.





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L’atmosphère sociale est tendue dans les zones Cno. Notamment à Bouaké, fief de l’ex-rébellion armée. Face à la volonté du régime Ouattara de faire payer les arriérés de factures d’électricité et d’eau, les populations se mobilisent et sont au bord de la révolte.
« Le pouvoir Ouattara sera vomi par les Ivoiriens ». Ces propos du député de Nassian, Kouakou Krah, le plus jeune des parlementaires de la présente législature, confiés au quotidien Notre Voie lors d’une récente interview, pourraient se traduire dans les faits à partir du nord du pays. Les signes de cette révolte populaire sont perceptibles à Bouaké, le fief de l’ex-rébellion armée. Les populations s’opposent au paiement des factures d’électricité et d’eau ainsi qu’à « l’opération ville propre » lancée par le pouvoir Ouattara. S’agissant des factures d’électricité et d’eau, Alassane Dramane Ouattara estime, maintenant qu’il est parvenu au pouvoir, que les populations des zones Centre, Nord et Ouest (Cno) doivent les payer. Là où ses hommes de l’ex-rébellion armée avaient empêché, pendant dix ans, tout paiement de factures aux populations pour faire supporter cette charge au régime Gbagbo. Contre toute attente, depuis la fin du mois d’aout 2011, la Cie distribue-t-elle à Bouaké, Korhogo, Katiola, Odienné etc., des factures d’électricité et d’eau qui varient entre 100 et 500.000 fcfa. Evidemment, les populations qui ont été habituées à la gratuité ne sont pas prêtes à accepter cet état de fait. Ali Ouattara, commerçant à Bouaké soutient à ce propos : « on n’arrive pas à comprendre que quelqu’un qu’on a soutenu, avec toutes nos forces, et qui gère aujourd’hui tout le pays, nous fasse payer de lourdes factures d’électricité et d’eau, là où Gbagbo que nous n’aimions pas les a payées pour nous, pendant dix ans. Alors qu’il ne gérait que la moitié du pays. On ne peut pas l’accepter cela, surtout qu’on nous a dit qu’Alassane avait beaucoup d’argent, au point qu’on l’appelle Warifatchê. Et que lui-même pendant la campagne nous a dit qu’il sait où trouver l’argent pour gérer la Côte d’Ivoire sans fatiguer les populations ». Coulibaly Mamadou, un autre commerçant, renchérit en ces termes : « s’il veut qu’on paie maintenant l’électricité et l’eau, il faut partir à zéro. C'est-à-dire que l’Etat doit annoncer officiellement qu’à partir de la fin du mois de septembre, on commence à payer nos factures. C’est comme si on venait de placer les compteurs. Si ce n’est pas comme ça, on ne paiera rien. Et ce n’est pas seulement ici à Bouaké. C’est dans toutes les zones Cno ». Les populations des zones Cno ne se contentent pas seulement de refuser de payer les factures d’électricité et d’eau. Elles ont pris des dispositions draconiennes pour empêcher que les agents de la Cie coupent l’électricité et l’eau dans les familles. Les jeunes se sont, en effet, organisés en groupes de vigilance pour tabasser tout agent de la Cie qui prendrait le risque de priver les domiciles, les commerces, restaurants et maquis, d’eau et d’électricité pour non paiement de factures. Yao Yao Paul et Moussa Dosso, sans emplois, deux jeunes responsables de groupes de vigilance, sont formels : « nous les jeunes, nous nous sommes organisés pour empêcher les agents de la Cie de couper l’électricité et l’eau. Nos parents ont trop souffert pour Ouattara. Beaucoup ont été tués par les militaires de Gbagbo (?). Nous-mêmes, les jeunes, on a fait la guerre contre Gbagbo pour Ouattara. Beaucoup sont morts parmi nous. On ne peut donc pas comprendre qu’Alassane Ouattara, pour qui nous avons tout fait pour qu’il soit Président, fasse couper le courant et l’eau à nos parents pour non paiement de factures, alors que pendant dix ans Gbagbo n’a pas coupé le courant et l’eau. Au contraire, il a payé à la place de nos parents. Les gens nous disaient de ne pas payer, et que l’argent que Gbagbo prenait pour payer, était notre argent parce que c’était l’argent de l’Etat. C’est ce même argent de l’Etat que Ouattara gère aujourd’hui. C’est donc notre argent. Il doit donc payer nos factures comme Gbagbo le faisait ».
Des menaces planent
Les menaces qui planent sur les compagnies d’électricité et d’eau sont confirmées par K.K.J. et T.J.C., deux agents de la Cie qui ont gardé l’anonymat. « Franchement, nous ne nous sentons plus en sécurité. Les jeunes nous empêchent de faire notre travail. Deux de nos camarades ont déjà été pris à partie par ces jeunes qui ne veulent pas qu’on exécute les ordres de coupure de courant et d’eau. Nous avons très peur parce qu’on ne sait pas de quoi demain sera fait. On attend de voir ce que nos patrons vont décider ». Cette situation délétère pourrait être aggravée par l’opération « ville propre » lancée par le gouvernement Ouattara qui compte l’étendre aux zones Cno. En effet, il n’existe pas une seule rue à Bouaké dont les trottoirs ne soient pas obstrués par les petits commerces et autres maquis. Parfois même, ce sont les rues sont envahies. C’est le cas de la rue qui relie la gare Utb et le Ran hôtel. Cette rue est envahie par les vendeuses de denrées alimentaires, notamment l’igname et la banane. Et ces femmes n’entendent pas partir de là si aucun site de recasement ne leur est pas proposé. Comme le disent clairement les dames Affoué et Massamdjé, respectivement vendeuses d’igname et de poissons : « si le gouvernement veut qu’on quitte ici, il faut qu’il construire le marché qui a brulé. Parce que c’est de notre commerce que nous vivons. C’est ça qu’on prend pour mettre nos enfants à l’école ». Par ailleurs, la ville de Bouaké a, elle aussi, sa « rue princesse » baptisée « Nimbo poulet chaud ». C’est la rue qui passe derrière l’ancienne Bceao de Bouaké. Cette rue est jonchée des maquis-bars et de restaurants. C’est là que se retrouvent, tous les soirs, les fonctionnaires et agents de l’Etat, mais aussi tous les autres habitants pour décompresser. Les propriétaires de ces maquis-bars et restaurants disent clairement qu’ils ne se laisseront pas surprendre comme leurs homologues de « la rue princesse » à Yopougon. « Nous sommes entrain de nous organiser pour qu’au moment venu, nous puissions dire à l’Etat de nous trouver un nouveau site et de reconstruire nos maquis avant tout déguerpissement. Nous avons trop souffert pour Ouattara pour qu’il nous traite comme ceux d’Abidjan », disent certains opérateurs économiques de l’informel qui ont voulu rester dans l’anonymat

Notre voie

08:32 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

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