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03/09/2011

L’armée ivoirienne à l’ère du régionalisme: Ces nominations qui traduisent le fossé

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...le clan Ouattara-Soro a bombardé des semi-analphabètes à des postes réservés aux officiers supérieurs et généraux. Et accentué le phénomène souvent décrié de hiérarchies parallèles, ramenant ainsi le pays à une situation qui n’est pas sans rappeler (en pire)...





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L’armée prend un visage singulier avec les nominations au sein des grands commandements et de ses différents démembrements. Un visage qui est dessiné par Alassane Ouattara. Qui est fortement accompagné par Guillaume Soro, par ailleurs ministre de la Défense. En effet, même si le dernier mot, officiellement, revient, au chef de l’exécutif, son jeune chef de gouvernement n’est pas étranger à la nomination de plusieurs gradés dans l’organigramme militaire.

L’armée prend un visage singulier avec les nominations au sein des grands commandements et de ses différents démembrements. Un visage qui est dessiné par le chef de l’Etat Alassane Ouattara. Qui est fortement accompagné par l’actuel Premier ministre, Guillaume Soro, par ailleurs ministre de la Défense. En effet, même si le dernier mot, officiellement, revient, au chef de l’exécutif, son jeune chef de gouvernement n’est pas étranger à la nomination de plusieurs gradés dans l’organigramme militaire.

Avant de plonger dans l’univers «militaire » du duo Ouattara-Soro, il est plus que nécessaire de regarder de plus près la conception qu’avait l’ancien patron du pays, qui se lit aisément à travers les organigrammes militaires précédents.

Les Généraux Soumaïla Bakayoko et Detho Letho, successivement Cema général et Cema adjoint, ont succédé au Général Philippe Mangou à l’état-major des armées. Le commandement des forces terrestres, initialement occupé par le Gal Detho Letho échoit au Gal Sékou Touré. Le Contre-amiral Vagba Faussignaux (aujourd’hui emprisonné par le pouvoir) est remplacé à la Marine par le Capitaine de vaisseau major Djakaridja Konaté. Les Forces aériennes sont sous le commandement du Colonel-major Jean-Jacques Ouégnin secondé par le Col Adama Koné et la Gendarmerie est sous les ordres du Col-major Gervais Kouakou Kouassi, secondé par le Colonel Vako Bamba. Et depuis le 3 août dernier, les nominations se sont étendues aux chefs d’unité et de commandements version Alassane Ouattara. Les situations de fait ont été formalisées.

Le Groupement de sécurité présidentielle (Gspr), anciennement commandé par le Colonel Ahouma Brouha (assassiné dans son village bien après la fin de la bataille d’Abidjan), est l’affaire du Colonel Vagondé Diomandé et de son adjoint le Commandant Chérif Ousmane. Quand la Garde républicaine, anciennement sous le commandement du Gal Dogbo Blé, est confiée au Lieutenant-colonel Edouard Kouao Amichia et à son adjoint le Commandant Issiaka Ouattara dit Wattao.

L’Agence nationale de la stratégie et de l’intelligence (Ansi) est passée des mains du Gal Lorougnon à celle du Col Karim Ouattara. Le commandement des Forces spéciales (une pâle copie du Cecos dirigé par le Gal Guiai Bi Poin) où ont été reversées les ex-Com’zones, est assuré par le Lt-Col Lanciné Doumbia. Le commandement des écoles militaires n’a pas échappé au bouleversement. Le Colonel Diarassouba Bakary a passé le commandement de l’Ecole nationale des sousofficiers d’active (Ensoa) au Lt-Col Dem Aly Justin, au niveau de l’Empt, le Col Assamoi Konan Edouard a passé le flambeau au Lt-Col Soro Pagaforo. Le chapelet des nominations est loin d’être exhaustif, mais laisse transparaitre clairement la vision foncièrement opposée de deux hommes. Leurs conceptions de l’unité nationale sont diamétralement opposées, pour ce qu’il est donné à la communauté nationale et internationale de voir depuis quelques mois.

En dépit de la rébellion, qui comptait en son sein de nombreux hommes en armes originaires du Nord prenant en otage leur région et exacerbant les divisions nationales, Gbagbo a en effet tout fait pour maintenir les équilibres régionaux et respecter les «canons» de la profession militaire. Ainsi, le colonel Philippe Mangou, Ebrié, cohabitait avec le général Dogbo Blé, Bété comme Gbagbo, et le colonel Ahouma, lagunaire, dida de Grand-Lahou.

Les FUMACO, troupe d’élite, étaient portées par le Baoulé Boniface Konan. Au plus fort de la guerre, les Forces spéciales étaient dirigées par Léon Allah Kouakou, Baoulé. Tandis que l’ENSOA était – on l’a déjà dit – dirigée par un homme du Nord et l’EMPT par un Akan. En novembre 2004, les héros de la «Légion de l’Honneur» se recrutaient au sein de toutes les régions du pays. Ouattara, lui, se retranche derrière les hommes appartenant aux groupes du Nord qui se reconnaissent en lui. Il tente de «panacher» avec des militaires du Centre, mais les flanque de manière systématique de seconds issus de la «région dominante », et très souvent tirés du sein de la rébellion qui a coupé le pays en deux.

Pire, alors que la presse pro-RHDP n’a cessé de gloser sur les promotions-marathon d’hommes comme Philippe Mangou, et que le pouvoir, à peine installé, a affiché son intention de rétrograder certains officiers étant passés par la «voie royale», le clan Ouattara-Soro a bombardé des semi-analphabètes à des postes réservés aux officiers supérieurs et généraux. Et accentué le phénomène souvent décrié de hiérarchies parallèles, ramenant ainsi le pays à une situation qui n’est pas sans rappeler (en pire) celle de la transition militaire du général Guei, où le PC-Crise traumatisait les populations aux quotidiens et où des hommes de troupe faisaient la loi quand les généraux rasaient les murs.

ADO-Soro: Une bataille latente pour contrôler les hommes

Au-delà des artifices officiels qui maintiennent la fiction selon laquelle l’armée est le domaine réservé du chef de l’Etat, une situation cocasse et quasi inédite se dessine. Même si le pouvoir préfère parler de symbiose et d’atomes crochus entre le chef de l’Etat et son jeune Premier ministre, par ailleurs ministre de la Défense.

Ouattara est le chef suprême des armées, mais Soro en est vraisemblablement le capitaine. Et c’est avec loisir qu’il place ses hommes clés et ceux qu’il a «conquis» à l’issue de la bataille d’Abidjan, à coups de lobbying et de négociations secrètes.

Guillaume Soro n’a jamais caché sa volonté d’accéder à la magistrature suprême et il s’en convainc tous les jours. «De la primature à la présidence, il n’y a qu’un pas», susurre-t-on dans son entourage. L’ex-chef rebelle sait qu’il lui faut des hommes dans tous les secteurs de la vie nationale et spécifiquement dans l’armée. Et c’est à souhait qu’il place ses «pions». A titre d’exemple, les deux forces qui ont à charge la responsabilité première de la sécurité de la mère des institutions, la Présidence, sont «partagées».

Le commandement du Gspr est l’affaire des hommes de mains de Ouattara qui a fait confiance à son aide de camp du temps de sa Primature, le Colonel Diomandé Vagondo. Il peut aussi compter sur le plus alassaniste des Com’zones, le Cdt Chérif Ousmane, bombardé commandant adjoint du Gspr.

En face de cette unité, se dresse le traditionnel dernier rempart sécuritaire de la présidence et de toutes les institutions, la Garde républicaine. Elle est pilotée par une «recrue» de l’escarcelle Soro, le Lieutenant-colonel Kouao Amichia, anciennement Cdt du détachement de Treichville, qui est secondé par l’un des plus fidèles de Soro, le Cdt Wattao. Au sein de la nouvelle unité créée, les Forces spéciales, les parkings sont également partagés entre Ouattara et Soro. Chacun a ses Comzones. Comme quoi, la confiance n’exclut pas le contrôle… mutuel. Les deux têtes fortes de l’exécutif s’estiment officiellement, mais ne manquent pas d’être sur leurs gardes. Leurs passés sont assez révélateurs.

Ouattara ne manque pas de revisiter la collaboration entre Soro et Gbagbo il y a quelques années qui avaient fait penser à un revirement du jeune premier ministre en faveur de l’ex-président. Mais, Soro aussi garde en mémoire combien de fois des alliés d’hier peuvent se regarder chien de faïence, voire en adversaires déclarés.

Gérard Koné
Le Nouveau Courrier

20:21 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

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